Ici, étapes par étapes, je vous raconte la création du spectacle Medusa.
Résidence 1
Atelier du milieu, Haute-Marne, septembre 2024
Une première résidence pour lancer le processus de création autour de marches solitaires à l’aube, pour défricher le mythe de Méduse et le propos de cette création à travers une bibliothèque itinérante, et pour voir si un fil de trois mètres de hauteur nous convient !
Chaque matin, de 6h à 8h, nous avons traversé l’aube dans la forêt, à travers des marches solitaires. Ce processus de création, que je mène maintenant depuis dix ans, me permet d’accumuler une matière corporelle et ressentie, de façon à expérimenter le paysage de manière brute.
Marcher seule dans la nuit, puisque le lever du soleil commence vers 7h à cette période de l’année, est très particulier. C’est ce que nous avons expérimenté, Julia et moi : sommes-nous réellement à nos places en marchant seules dans le noir ? Pourquoi et de quoi avons-nous peur ? Nous avons retranscrit nos marches et sensations par écrit, entrant un peu plus chaque jour dans nos corps, nos ressentis, nos pensées. [voir images 1]
Parallèlement, nous avons écouté toute une série de podcast autour du viol et des violences faites aux femmes, puisque c’est le point de départ de l’histoire de Méduse. Sur le fil, nous avons essayé différentes drisses, plus ou moins fines, pour à la fois illustrer la chevelure de Méduse, et proposer un moyen suspensif. Accroché au fil, nous avons testé différentes façons d’allier fil et drisse. [voir images 2]
J’ai aussi proposé de travailler la piste du cri silencieux : quels cris nous traversent ? Comment le signifier corporellement ? Vers quoi cela tend ? [voir images 3]
Résidence 2
Sur Terre – Lieu culturel, Vosges, décembre 2024
Pour cette résidence d’écriture, je me plonge dans le livre Noir, histoire d’une couleur de Michel Pastoureau. Il m’apparaît évident que la couleur de Medusa est le noir, couleur que nous travaillerons avec Clémentine Monsaingeon pour les costumes et pour la scénographie.
Cela m’a ouvert plusieurs pistes scénographiques concernant le fil lui-même : partons-nous avec un fil à ancrage ou une structure autonome ? [voir images 4]
Le noir me ramène à l’obscurité de la grotte de Méduse, à sa monstruosité. Comment trouver de la luminosité dans ce noir ? C’est ce que soulève Michel Pastoureau dans son ouvrage : le noir est à la fois la couleur du deuil, du diable et de l’enfer, comme il a pu être celle de la fertilité, de la sagesse, de la sobriété.
Je pense à Pierre Soulages et à ses noirs, sombres et lumineux. Je me penche aussi sur le travail de Jeanne Vicérial, et ses robes sculptées et tressées dans du fil noir, qui me ramène aux cheveux de Méduse, au travail du fil et du tissage que je souhaite développer dans cette création. Je me plonge aussi dans les œuvres de Simone Pheulpin, plasticienne qui ne travaille qu’avec des bandes de tissus pliées, et qui crée des sculptures très minérales, ce qui me renvoie à l’aspect rocheux, donc minéral, du lieu de vie de Méduse. [voir images 5]
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